Nos premiers kilomètres à vélo : Canada en bikepacking

Les premiers paysages de notre aventure Canada en bikepacking

Sans nos vélos au Canada en bikepacking

Arrivée sur le continent Nord Américain 

Après une préparation au millimètre, nous voilà, en ce 15 juin 2024, à l’aéroport de Calgary pour débuter notre aventure au Canada en bikepacking. Devant les tapis roulant de l’aéroport, nous sommes dans l’attente de notre bien le plus précieux : notre maison et notre moyen de locomotion – nos vélos. Sans l’ombre d’une angoisse, nous nous dirigeons vers le comptoir des bagages hors format.

Après tout, pas besoin de s’inquiéter : un agent à Paris nous avait assuré que nous recevrions nos bécanes en un seul morceau. Et pourtant… aucun signe de nos vélos. Bredouilles, démunis et, surtout, sans date de réception, nous sommes bloqués – et eux aussi, toujours à Paris.

Heureusement, des amis de la famille de Julien habitent sur place et nous proposent de dormir chez eux, le temps que l’on trouve une solution ou que nos vélos soient enfin livrés à l’aéroport. C’est ainsi que nous faisons la rencontre de Monique et Mike, un couple de retraités au grand cœur, qui nous accueillent comme s’ils nous connaissaient depuis toujours. Quel réconfort pour nous !

Pourtant, les journées s’enchaînent sans l’ombre de nos vélos. Pour nous permettre de nous déplacer librement, Mike nous en prête.  Nous en profitons pour découvrir Calgary. Une première pour nous deux dans ce pays, et plus largement pour moi en Amérique du Nord. On se balade, explorant les rues et ces avenues démesurément grandes.

Après quatre jours de repos et de pluie, nous recevons enfin de bonnes nouvelles : nos vélos ne devraient plus tarder à arriver ! Enfin ! Le hasard veut qu’ils arrivent au même moment que le soleil (un signe ?!), un timing parfait pour lancer cette grande aventure en bikepacking, de Calgary à la Patagonie.

Le montage de nos vélos 

Une fois les colis livrés, il a fallu passer au montage. Quelques voyages en train avec nos vélos nous avaient déjà donné une certaine agilité dans ce domaine. La seule différence cette fois-ci, c’est que nous avons dû dégonfler nos pneus pour prendre l’avion.

Julien, qui roule en tubeless, doit maintenant faire « claquer » ses pneus — comme on dit dans le jargon. Autrement dit, il s’agit d’injecter suffisamment d’air entre les pneus et la jante pour qu’ils adhèrent correctement sans chambre à air.

Normalement, cette opération se fait à l’aide d’un compresseur, qui envoie une forte impulsion d’air afin de plaquer les parois du pneu en quelques secondes.

Sauf que nos chers hôtes n’en possèdent pas…

C’est alors que Mike, alias le Géo Trouvetou, nous dégote un bout de ficelle ! Tel un Rambo du cyclisme, il saucissonne le pneu arrière de Julien. Nous assistons à la scène, légèrement dubitatifs. Tout en se débattant avec son morceau de caoutchouc, il nous lance :

— Gonflez vite !

MIRACLE ! Le pneu claque !

Canada en bikepacking : Le grand départ

Les premiers kilomÈtres

Le 19 juin marque le début de notre aventure. Nous donnons nos premiers coups de pédale d’une longue série. Combien y en aura-t-il ? Difficile à dire avec certitude.

Ces premiers kilomètres sont pourtant chaotiques. Où sont nos affaires ? Où avons-nous rangé nos barres de céréales ? Impossible de s’en souvenir. Et pourtant, nos sacoches ne regorgent ni de poches secrètes ni de cachettes insoupçonnées. Il nous faudra quelques jours, et sans doute plusieurs ajustements, pour apprendre à connaître nos vélos et leur contenu sur le bout des doigts.

Mais ici, au cœur de l’Alberta, avec les montagnes enneigées en toile de fond, nous nous sentons bien. Peu à peu, nous trouvons notre rythme. Tantôt je roule derrière Julien sur l’autoroute pour éviter les dépassements trop serrés, tantôt nous pédalons côte à côte, tentant de mettre des mots sur toute l’excitation qui nous envahit. Quelle chance ! Quelle liberté ! Pendant un an, nous avons rêvé de cette première aventure en bikepacking, et nous y sommes enfin.

Pudiques face à l’immensité de la nature, nous n’osons pas encore crier notre bonheur. Mais les yeux brillants d’émotion, nous savourons l’instant… jusqu’à ce qu’un panneau vienne freiner notre élan : « No trespassing ».

À l’arrêt dans notre aventure Canada en bikepacking
Et soudain tout s’arrête 

Pendant notre voyage au Canada en bikepacking, nous savions que nous allions tomber sur ce genre de panneau. Mais si tôt ? Nous ne l’aurions pas parié. Et pourtant, il faut choisir : continuer malgré l’interdiction ? Prendre le risque de se faire attraper ? Une réflexion en entraînant une autre, nous débattons longuement avant de prendre notre décision.

C’est notre premier jour, et on se sent pousser des ailes ! Alors, on fonce. Et nous avons bien fait. Après une brève rencontre avec un troupeau de vaches peu coopératives, nous nous retrouvons sur une magnifique piste cyclable.

Il commence à pleuvoir ? Pas grave ! Rien ne peut entamer notre moral aujourd’hui. Nous avançons en capturant quelques photos ici et là, nous nous habituons progressivement au poids de nos vélos – qui est loin d’être négligeable – et surtout, nous savourons chaque instant.

Cap au Sud

C’est le moment ideal pour faire un point sur notre destination. Le rêve de Julien depuis quelques années était de prendre la Great Divide. C’est à dire une route gravel (chemins de terre ou de forêt) qui relie le Canada en bikepacking au Nouveau Mexique. Bref, c’est la grande traversée du pays de l’Oncle Sam que tous les fans de mountain bike rêvent de faire.

Sur le papier je ne suis pas contre. Le début de la trace se trouve à Banff – proche de Calgary – et les routes ont l’air très belles. La seule chose qui me pose problème, c’est de traverser les US sans voir au moins quelques villes ou parcs nationaux mythiques.

Alors, on coupe la poire en deux ! Nous suivrons la Great Divide du Canada jusqu’au Colorado et du Colorado nous la quitterons pour laisser place à l’improvisation !

La réserve indienne

Rien à l’horizon

Pour rompre avec la monotonie de l’autoroute qui nous sépare de Banff, nous décidons d’emprunter une portion de route traversant une réserve indienne. Ce n’est peut-être pas la meilleure des idées (d’après les locaux, terrifiés à l’idée de s’aventurer sur ces chemins de terre). Mais, n’écoutant que notre courage – et probablement notre naïveté – nous nous lançons.

Dès l’entrée, un champ de bisons attenant à une ferme attire notre regard. Curieux, nous décidons d’aller à la rencontre des habitants de cette ferme atypique pour demander leur autorisation de passage sur leur terre. Nous sommes accueillis chaleureusement par trois fermiers natifs, qui nous recommandent d’avancer avec prudence et de nous arrêter dès qu’une voiture approche.

En effet, l’alcool est l’un des fléaux majeurs des communautés vivant dans certaines réserves. Avec peu de moyens à leur disposition, certains habitants passent la journée dans les bars à l’extérieur de la réserve avant de rentrer, souvent un brin éméchés. Moins attentifs, certains conducteurs pourraient nous prendre pour cible, sans mauvaise intention, mais par simple imprudence.

Sur ces belles paroles, nous prenons la route, une boule au ventre. Les 30 premiers kilomètres se déroulent sans encombre. Aucune voiture en vue, pas d’ours ni de grizzli : tout est sous contrôle.

Notre rencontre avec les indiens

Plus que 10 km, nous avançons bien. Au loin, nous apercevons notre première voiture. Nous nous organisons avec Julien et déterminons notre plan d’attaque : tout doux et trognon ! Impossible d’être méchant face à deux voyageurs à vélo, souriants et volontaires, non ?

La voiture s’arrête à notre niveau. Tristement, nous constatons que les trois fermiers rencontrés plus tôt avaient raison. À peine la vitre baissée, nous sentons déjà les effluves d’alcool remonter jusqu’à nous. Triste spectacle.

L’homme nous ordonne de faire demi-tour sous peine de recevoir une amende salée si quelqu’un nous trouve ici sans autorisation. Nous tentons de discuter avec lui. Mais sa patience étant manifestement de courte durée, il met fin à la conversation en nous assénant un : « It’s a reserve maaaan… ». Puis il referme sa fenêtre et redémarre.

Nous sommes sonnés, d’autant plus que, sur les 10 derniers kilomètres, nous allons faire plusieurs rencontres du même genre. Tous aussi imbibés, ils tentent d’avoir un discours cohérent… en vain.

Nous réussissons à nous échapper sans payer d’amende, mais le cœur gros de voir cette communauté dans cet état.

Prendre ses marques loin de tout

Merci Daddy

Nous continuons notre chemin, cette fois sur l’autoroute. Le jour commence à décliner, et nous devons rapidement trouver un abri. Ce matin, Julien avait repéré un camping à quelques kilomètres de la réserve indienne. Nous mettons donc le cap sur celui-ci.

À bout de force, nous finissons par atteindre ce fameux camping de fortune. Il semble que nous soyons les seuls à camper ici. Le propriétaire nous accueille et nous demande de payer notre emplacement en cash. Il ne prend pas la carte, car il n’y a pas de réseau dans cette partie de la forêt.

Gloups… Nous n’avons pas pensé à prendre du cash avec nous ! Erreur de débutant. Nous nous en souviendrons pour les prochaines fois.

Et là, éclair de génie ! Je repense à mes adieux avec mes grands-parents. Mon grand-père (Daddy, pour les intimes) m’avait glissé une liasse de 100 dollars en me lançant : « Ce n’est pas pour t’acheter de la drogue ! » Je me souviens avoir bredouillé un merci, à la fois gênée et confuse.

Mais, Daddy, sois rassuré : les premiers 15 dollars de cette liasse ont été utilisés à bon escient ! Pour les prochains… je ne peux encore rien promettre !

Dernières pensées avant de se coucher

Un ami m’a soufflé un jour cette réflexion : « Elles sont rares, les premières fois, à nos âges. » Cette phrase me semblait tellement vraie avant notre départ. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la routine n’est plus qu’un lointain souvenir.

Cette première journée rime avec découverte. C’est la première fois que nous montons notre campement en pleine nature après 60 km de vadrouille, la première fois que nous avons peur des ours, la première fois que nous savourons une fin de journée au coin du feu… enfin, au coin de notre réchaud pour commencer ! (Tels des hommes de Cro-Magnon, nous ne découvrirons cette évolution qu’un peu plus tard dans notre aventure.)

Bref, une belle première journée au Canada en bikepacking qui ressemble déjà à une aventure d’une semaine ! La suite s’annonce prometteuse.

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